LA CASE A FARINE

13 décembre 2009

PERIODE 3

Troisième période

Romuald serait d’autant plus à l’aise dans ces activités professionnels puisque celui-ci travaillait sur les habitations selon l'humeur du temps ou "silon vent la tchiè poule penché" (Proverbe créole : - la queue de la poule se penche selon la force et la direction du vent, on verra selon les circonstances.)

Il avait aussi la case à maintenir en bon état surtout pour préserver cet habitat des cyclones particulièrement violents sous ces latitudes.

Romuald et Manotte avaient acheté six mille mètres carrés de terrain pour quatre-vingt-quinze mille anciens francs. Sur cette surface il y avait la petite case construite vers mil neuf cent deux et une végétations luxuriantes avec des arbres fruitiers.

De la route communale on accédait chez eux par un petit sentier de trois kilomètres environ qui serpentait à proximité du domicile des habitants du quartier.

C’était pratique pour avoir des informations sur la vie du quartier. « ça ou-fè Joséfin’ ! yo di moin ou ka pati en France mois prochin ! » (Comment vas-tu Joséphine ! On m’a dit que tu pars en France le mois prochain !). « Missié Romual ou trop maco ça pa ka gadé-ou ! Cé pa –ou ki nomm’ moin ! » (Romuald tu es trop indiscret ! Tu n’es pas mon homme !). « Joséfin’ si ou vini en fond ravine la dèmin au souè man ké montré-ou koumaniè man ka soin an femm’ » (Joséphine si tu viens demain soir me rejoindre au fonds de la ravine je vais te montrer quel étalon je suis). Celle-ci éclatât de rire en continuant à vaquer à ses occupations et Romuald poursuivi son chemin un peu pensif…

La case était enfouie dans la végétation au début de la pente d’une ravine, à l'abri des cyclones. Elle était faite de bois ti baume et avec un sous-bassement en ciment et recouverte de feuilles de palmiste reliées ensemble par leurs folioles tressées. Ces feuilles font office de tuiles végétales qui sont les plus résistantes puisqu'elles peuvent tenir le toit de 8 à 10 ans. Le toit était bas afin d'offrir moins de prise aux coups de vent. Les portes et les fenêtres étaient en bois de récupération.

Une véranda entourait la maison, on y mangeait sur une table formée de planches posées sur deux tréteaux ou on y accueillait les gens de passage.

A l’entrée il y avait des rideaux en lanières de plastiques multicolores pour garder une bonne température et avoir un minimum d’intimités car la porte d’entrée restait ouverte la journée.

Dans l’unique pièce de vie trônaient un petit buffet en bois avec une table en bois et quatre chaises, au sol il y avait de la terre battue. On y accrochait toutes sortes d’images (photos de magazines, images pieuses, calendriers mêmes périmés, cartes postales reçues, etc.).

Les poutres servaient à entreposer des objets, des bouteilles et tout ce qu’il y avait à mettre hors de portée de mains indélicates…

La deuxième pièce était séparée en deux, avec un plancher provenant de caisses d’importation de morues salées. Il y avait la chambre des parents avec un lit, une commode, une armoire. Dans l’autre partie c’était la chambre des enfants avec un unique lit et une armoire.

Romuald avait fait fabriquer ces meubles par « bois côchi » (pièce de bois de travers) le menuisier ébéniste du quartier Bon Air. Tout le mobilier était en bois de mahogany. Pour payer ils avaient fait du troc et la transaction s’était effectué avec deux vaches, trois chèvres et quatre cochons.

Il y avait deux petites dépendances : la cuisine avec un foyer à charbon de bois fouillé dans le sol.

 Sur les parois il y avait de nombreux clous pour suspendre les casseroles nettoyées avec la fibre de la noix de coco formant un tampon et au savon de Marseille. L’autre petite dépendance était le cabinet de toilette et son morceau de tuyau d’arrosage alimenté par un fût disposé en hauteur avec un recueil des eaux de pluie. Cette installation de fortune servait à se doucher.

 Pour les besoins naturels la journée il y avait le choix, soit on s’accroupissait sur deux rondins au-dessus d’une fosse creusée dans le sol à une vingtaine de mètres environ de la case ; soit on s’éloignait dans la végétation luxuriante à l’abris des regards. Pendant la nuit c’était le pot de chambre ou le seau dans la chambre qu’il était impératif de vider au réveil dans la fosse.

« Adrienne i cinq t’chè mété mangé-a a table avan y fai noê ! » (Adrienne il est dix-sept heures mets la table avant qu’il fasse nuit !)

« Oui maman, Fortuné termine la lessive de Charles et je m’occupe du repas »

« Demain je ferai du poisson puisque c’est vendredi »

Deux jours après la naissance Manotte reçu, entre autres, la visite de sa sœur aînée Angèle et son mari Georges. Ils habitaient au Lorrain au quartier Redoute et ils avaient pris la « taxi pays » de monsieur Bertin POIRIER dit « Ti popo » qui passait dans la commune à huit heures

« Fout’ ti mamaille ta la bel et pi costo ! cé yonn’ con çà man té ké in min ni » (Comme il est en forme et beau ce bébé ! j’aimerais en avoir un comme çà)

« Angel ou sav’ bien çà pa possib’ cé pa la pinn’ fê co-ou di mal » (Angèle tu sais que c’est impossible, évite de te faire du mal)

« Man sav’ Manott’ mé man pa té fè espré » (Je sais Manotte mais je n’avais pas fait exprès).

Au cours de la matinée Romuald arriva fort mécontent car il venait d’apercevoir des garnements en train de chaparder sur son terrain des mangues « coco bœuf ».

Quelques jours après la naissance Romuald et Manotte décidèrent de se rendre à la mairie de Sainte-Marie pour déclarer Charles. En arrivant Manotte s’adressa à madame Léontine CASASUC agent de l’Etat civil : «Nous sommes venus déclarer la naissance de notre fils qui est né le quinze »

Dans ces petits hameaux tout se transmet rapidement par « radio cocotier »

« Comment messieurs dames  ! C’est maintenant que vous venez ! Nous sommes le dix-neuf ! »

« Madame Léontine j’ai quatre enfants à m’occuper et j’habite à Saint-Laurent ! »

Manotte s’était exprimé d’un ton sec et ferme qui ne laissait pas entrevoir la moindre réplique.

L’agent d’Etat civil qui avait ses légumes à acheter au marché avant la fin du travail préféra passer à la suite.

« Je vais recueillir les informations et le maire vous fera lecture de l’acte de naissance »

 

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